MUSICIEN
Rick Rubin
Paul de Fressenel
Le parrain de la musique occidentale est exactement tel qu'on se le représentait: une barbe en pleine insurrection, une crinière aux ramifications tentaculaires déployées vers le nord, l'ouest et l'est… Il paraît partager davantage avec les ratons laveurs qu'avec l'espèce humaine. Sa position en tailleur inspirée des moines bouddhistes les plus assidus, sur une chaise d’une inadéquation comique, n’arrange pas la situation. Et pourtant, il émane quelque chose de captivant de son apparence singulière, de l'assurance instinctive avec laquelle lui et ses pieds nus engagent la conversation.
Comment ce producteur de musique, qui a accompagné les artistes plus déterminants des quarante dernières années (The Beatles, Michael Jackson, Amy Winehouse..), a pu avoir un impact aussi démesuré sur l’industrie musicale ? Peut-être un style signature « Rubin » ? Un accord magique dont lui seul a la formule ? Il doit nécessairement posséder une boîte à outils complexe, composée d'astuces de studio, de logiciels avancés et de formules de production. Mais non ! Il affirme étonnamment avoir « zéro connaissance en théorie musicale ». L'homme qui a façonné le son de plusieurs générations insiste sur le fait qu'il ne comprend pas les fondements techniques de ce qu'il façonne. Comment ça ? A l’entendre, il aurait accidentellement révolutionné la musique occidentale un mardi soir. Cette version des faits ne tiendrait pas devant un tribunal.


Les Red Hot Chili Peppers et Rick Rubin en studio
L’histoire qui explique le mieux Rubin commence, comme beaucoup d’entre elles, dans un studio d’enregistrement.
Quatrième heure. Le troisième espresso de l'ingénieur refroidit près de la console de mixage. Silence coûteux. Dans un coin de la pièce, un producteur vêtu d'un blazer Brunello Cucinelli gesticule devant des graphiques de fréquences et explique à un assistant pourquoi un compresseur spécifique est essentiel pour le « paysage sonore ». Dans le coin adjacent, Rick Rubin, les yeux fermés, est assis pieds nus. Il est habillé comme s'il s'apprêtait à nourrir des canards dans un étang. Dans la salle d'enregistrement, un groupe célèbre termine son futur single de diamant. Il a été répété depuis des semaines, chaque transition polie au verre, chaque note empilée comme des blocs de Jenga. Le producteur regarde Rick à travers la vitre, attendant son approbation. L'intéressé ouvre lentement les yeux. « Oublie la caisse claire », dit-il au batteur. « Joue-le comme tu le sens, improvise ». La pièce exhale en silence. Le producteur se racle nerveusement la gorge. « Mais Rick, on a passé des semaines sur cet arrangement. La caisse claire donne vraiment le- » il est interrompu : « Je vois bien, ça ressemble bien à du travail, c’est tout sauf authentique ». Silence inconfortable.
« Jouez-le comme si vous inventiez à l'instant ». Ils recommencent à jouer, sans la caisse claire ni les arrangements convenus. Sans nulle part où se cacher, la voix de la chanteuse est exposée. Elle manque de souffle aux mauvais endroits, s'éloigne légèrement du micro pendant le pont. Le guitariste entre trop tôt. Le batteur rit nerveusement pendant un couplet. Incertaine, plus bordélique, la prise est objectivement pire selon tous les standards possibles. Rick sourit. « Voilà. C'est celle-là », s'exclame-t-il. « C'est authentique. » Le producteur regarde son doctorat en théorie musicale devenir obsolète en temps réel. Rick : « Vous la chantez enfin pour vous-même ! » Émerveillé par la dimension naissante de la chanson, l'élégant producteur dans l'autre coin de la pièce ajuste son col, soudainement conscient que sa tenue entière pourrait être une erreur conceptuelle. « L'instinct plutôt que la structure... L'instinct plutôt que la structure… Tu viens de te débarrasser de ce qui ne fonctionne pas instinctivement, ça doit te faire bizarre sur ta poitrine ». Rubin murmure, émerveillé.
MUSICIEN
Rick Rubin
Paul de Fressenel
Le parrain de la musique occidentale est exactement tel qu'on se le représentait: une barbe en pleine insurrection, une crinière aux ramifications tentaculaires déployées vers le nord, l'ouest et l'est… Il paraît partager davantage avec les ratons laveurs qu'avec l'espèce humaine. Sa position en tailleur inspirée des moines bouddhistes les plus assidus, sur une chaise d’une inadéquation comique, n’arrange pas la situation. Et pourtant, il émane quelque chose de captivant de son apparence singulière, de l'assurance instinctive avec laquelle lui et ses pieds nus engagent la conversation.
Comment ce producteur de musique, qui a accompagné les artistes plus déterminants des quarante dernières années (The Beatles, Michael Jackson, Amy Winehouse..), a pu avoir un impact aussi démesuré sur l’industrie musicale ? Peut-être un style signature « Rubin » ? Un accord magique dont lui seul a la formule ? Il doit nécessairement posséder une boîte à outils complexe, composée d'astuces de studio, de logiciels avancés et de formules de production. Mais non ! Il affirme étonnamment avoir « zéro connaissance en théorie musicale ». L'homme qui a façonné le son de plusieurs générations insiste sur le fait qu'il ne comprend pas les fondements techniques de ce qu'il façonne. Comment ça ? A l’entendre, il aurait accidentellement révolutionné la musique occidentale un mardi soir. Cette version des faits ne tiendrait pas devant un tribunal.


Les Red Hot Chili Peppers et Rick Rubin en studio
L’histoire qui explique le mieux Rubin commence, comme beaucoup d’entre elles, dans un studio d’enregistrement.
Quatrième heure. Le troisième espresso de l'ingénieur refroidit près de la console de mixage. Silence coûteux. Dans un coin de la pièce, un producteur vêtu d'un blazer Brunello Cucinelli gesticule devant des graphiques de fréquences et explique à un assistant pourquoi un compresseur spécifique est essentiel pour le « paysage sonore ». Dans le coin adjacent, Rick Rubin, les yeux fermés, est assis pieds nus. Il est habillé comme s'il s'apprêtait à nourrir des canards dans un étang. Dans la salle d'enregistrement, un groupe célèbre termine son futur single de diamant. Il a été répété depuis des semaines, chaque transition polie au verre, chaque note empilée comme des blocs de Jenga. Le producteur regarde Rick à travers la vitre, attendant son approbation. L'intéressé ouvre lentement les yeux. « Oublie la caisse claire », dit-il au batteur. « Joue-le comme tu le sens, improvise ». La pièce exhale en silence. Le producteur se racle nerveusement la gorge. « Mais Rick, on a passé des semaines sur cet arrangement. La caisse claire donne vraiment le- » il est interrompu : « Je vois bien, ça ressemble bien à du travail, c’est tout sauf authentique ». Silence inconfortable.
« Jouez-le comme si vous inventiez à l'instant ». Ils recommencent à jouer, sans la caisse claire ni les arrangements convenus. Sans nulle part où se cacher, la voix de la chanteuse est exposée. Elle manque de souffle aux mauvais endroits, s'éloigne légèrement du micro pendant le pont. Le guitariste entre trop tôt. Le batteur rit nerveusement pendant un couplet. Incertaine, plus bordélique, la prise est objectivement pire selon tous les standards possibles. Rick sourit. « Voilà. C'est celle-là », s'exclame-t-il. « C'est authentique. » Le producteur regarde son doctorat en théorie musicale devenir obsolète en temps réel. Rick : « Vous la chantez enfin pour vous-même ! » Émerveillé par la dimension naissante de la chanson, l'élégant producteur dans l'autre coin de la pièce ajuste son col, soudainement conscient que sa tenue entière pourrait être une erreur conceptuelle. « L'instinct plutôt que la structure... L'instinct plutôt que la structure… Tu viens de te débarrasser de ce qui ne fonctionne pas instinctivement, ça doit te faire bizarre sur ta poitrine ». Rubin murmure, émerveillé.
MUSICIEN
Rick Rubin
Paul de Fressenel
Le parrain de la musique occidentale est exactement tel qu'on se le représentait: une barbe en pleine insurrection, une crinière aux ramifications tentaculaires déployées vers le nord, l'ouest et l'est… Il paraît partager davantage avec les ratons laveurs qu'avec l'espèce humaine. Sa position en tailleur inspirée des moines bouddhistes les plus assidus, sur une chaise d’une inadéquation comique, n’arrange pas la situation. Et pourtant, il émane quelque chose de captivant de son apparence singulière, de l'assurance instinctive avec laquelle lui et ses pieds nus engagent la conversation.
Comment ce producteur de musique, qui a accompagné les artistes plus déterminants des quarante dernières années (The Beatles, Michael Jackson, Amy Winehouse..), a pu avoir un impact aussi démesuré sur l’industrie musicale ? Peut-être un style signature « Rubin » ? Un accord magique dont lui seul a la formule ? Il doit nécessairement posséder une boîte à outils complexe, composée d'astuces de studio, de logiciels avancés et de formules de production. Mais non ! Il affirme étonnamment avoir « zéro connaissance en théorie musicale ». L'homme qui a façonné le son de plusieurs générations insiste sur le fait qu'il ne comprend pas les fondements techniques de ce qu'il façonne. Comment ça ? A l’entendre, il aurait accidentellement révolutionné la musique occidentale un mardi soir. Cette version des faits ne tiendrait pas devant un tribunal.


Les Red Hot Chili Peppers et Rick Rubin en studio
L’histoire qui explique le mieux Rubin commence, comme beaucoup d’entre elles, dans un studio d’enregistrement.
Quatrième heure. Le troisième espresso de l'ingénieur refroidit près de la console de mixage. Silence coûteux. Dans un coin de la pièce, un producteur vêtu d'un blazer Brunello Cucinelli gesticule devant des graphiques de fréquences et explique à un assistant pourquoi un compresseur spécifique est essentiel pour le « paysage sonore ». Dans le coin adjacent, Rick Rubin, les yeux fermés, est assis pieds nus. Il est habillé comme s'il s'apprêtait à nourrir des canards dans un étang. Dans la salle d'enregistrement, un groupe célèbre termine son futur single de diamant. Il a été répété depuis des semaines, chaque transition polie au verre, chaque note empilée comme des blocs de Jenga. Le producteur regarde Rick à travers la vitre, attendant son approbation. L'intéressé ouvre lentement les yeux. « Oublie la caisse claire », dit-il au batteur. « Joue-le comme tu le sens, improvise ». La pièce exhale en silence. Le producteur se racle nerveusement la gorge. « Mais Rick, on a passé des semaines sur cet arrangement. La caisse claire donne vraiment le- » il est interrompu : « Je vois bien, ça ressemble bien à du travail, c’est tout sauf authentique ». Silence inconfortable.
« Jouez-le comme si vous inventiez à l'instant ». Ils recommencent à jouer, sans la caisse claire ni les arrangements convenus. Sans nulle part où se cacher, la voix de la chanteuse est exposée. Elle manque de souffle aux mauvais endroits, s'éloigne légèrement du micro pendant le pont. Le guitariste entre trop tôt. Le batteur rit nerveusement pendant un couplet. Incertaine, plus bordélique, la prise est objectivement pire selon tous les standards possibles. Rick sourit. « Voilà. C'est celle-là », s'exclame-t-il. « C'est authentique. » Le producteur regarde son doctorat en théorie musicale devenir obsolète en temps réel. Rick : « Vous la chantez enfin pour vous-même ! » Émerveillé par la dimension naissante de la chanson, l'élégant producteur dans l'autre coin de la pièce ajuste son col, soudainement conscient que sa tenue entière pourrait être une erreur conceptuelle. « L'instinct plutôt que la structure... L'instinct plutôt que la structure… Tu viens de te débarrasser de ce qui ne fonctionne pas instinctivement, ça doit te faire bizarre sur ta poitrine ». Rubin murmure, émerveillé.
Ecris l'éloge de ce qui te traverse la tête: contact@theneighborr.com
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