MA GRANDE SOEUR

Hérisson Furtif

Voisin Anonyme

Dès mon entrée en scène, quelques secondes à peine après ma sortie par césarienne, je me retrouvais déjà propulsé dans un rendez-vous décisif de ma carrière humaine. Sans même qu’on me demande mon avis, j’étais bercé par l’employée vedette d’une entreprise dont les bureaux s’étendaient aux Pays-Bas, en France, à Londres et au Ghana. Une nouvelle figure imposante, inspirant un respect et une attention sans égal parmi les rangs.

Cette enfant d’un an, qui venait tout juste d’apprendre à marcher quelques jours avant mon embauche, déversait un amour si vaste et débridé que j’y sombrais aussitôt dans un sommeil profond.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, mon cou a toujours adopté une légère inclinaison, mes yeux rivés sur cette grande créature élancée, puisant la vie directement à sa source. Danses rituelles, marathons dans le jardin, épopées avec nos tyrannosaures en plastique : ses joues potelées et ses manières effrontées ouvraient la voie à nos fresques collectives.

À travers les petits trous à l’arrière d’une immense structure métallique en mouvement, nous nous blottissions l’un contre l’autre pour observer le monde, collectant les données essentielles pour l’entreprise qui nous employait. Nous chantions, faisions des farces, pleurions, criions, aimions, le tout dans une synchronicité troublante.

L'hérisson furtif en pleine aventure aquatique

Bien des années plus tard, je dus faire face à une séparation brutale. Fidèle à mon habitude, l’aéroport semblait prêt à m’engloutir ; je rattrapai l’avion de justesse. Une fois à la porte d’embarquement pour Paris, conscients qu’il n’y aurait plus de retour ordinaire vers le berceau et la tétine, je savais déjà que je ne la reverrais plus qu’à travers ce rectangle noir, sponsorisé par FaceTime, incapable de capturer plus qu’un hologramme, qu’une infime parcelle de nous-mêmes.

Sans ombre, sans odeur, sans sensation, elle se retrouvait enfermée dans cette petite boîte aux quatre coins, tandis que nous échangions des adieux malheureux, les yeux embués de larmes.

Heureusement, l’entreprise possédait un moyen de résoudre de tels problèmes fondamentaux. Le bureau de Paris, ayant fait des progrès remarquables, fut honoré par l’arrivée de ce personnage merveilleux. Elle s’y installa rapidement, apprenant à naviguer dans les courants souterrains de cette ville tumultueuse.

Son choix d’emplacement était révélateur : plutôt que d’installer ce second bureau dans un immeuble élevé avec vue panoramique, elle préféra un quartier calme et paisible, où elle devint vite un membre actif de la communauté. Lors de mes visites, nous flânions dans les rues alentour ; elle parlait aux agents de sécurité, aux serveuses, aux caissières exactement comme elle aurait parlé à des lauréats du prix Nobel. Et chez chacun d’eux apparaissait cette lueur riche et enfantine qu’elle seule savait faire naître.

Après une journée de travail exigeante, je lui rendais visite à son bureau. En frappant à la porte, je fus accueilli par une chaleur familière, semblable à celle que j’avais autrefois connue sous ces draps. Les lumières orangées caressaient les murs, les fleurs semblaient fredonner une mélodie assez douce pour endormir un général en temps de guerre dans les bras de sa mère.

Quelque chose de précieux se jouait là : dans les regards, dans la courbe d’un rire, dans ce bureau où il semblait que nous nous imprégnions les uns des autres. Et il y avait quelque chose d’infiniment beau à constater que, désormais mûrs, nous pouvions partager cet espace avec d’autres, tous sensibles à cette même musique discrète qui murmurait nos noms.

MA GRANDE SOEUR

Hérisson Furtif

Voisin Anonyme

Dès mon entrée en scène, quelques secondes à peine après ma sortie par césarienne, je me retrouvais déjà propulsé dans un rendez-vous décisif de ma carrière humaine. Sans même qu’on me demande mon avis, j’étais bercé par l’employée vedette d’une entreprise dont les bureaux s’étendaient aux Pays-Bas, en France, à Londres et au Ghana. Une nouvelle figure imposante, inspirant un respect et une attention sans égal parmi les rangs.

Cette enfant d’un an, qui venait tout juste d’apprendre à marcher quelques jours avant mon embauche, déversait un amour si vaste et débridé que j’y sombrais aussitôt dans un sommeil profond.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, mon cou a toujours adopté une légère inclinaison, mes yeux rivés sur cette grande créature élancée, puisant la vie directement à sa source. Danses rituelles, marathons dans le jardin, épopées avec nos tyrannosaures en plastique : ses joues potelées et ses manières effrontées ouvraient la voie à nos fresques collectives.

À travers les petits trous à l’arrière d’une immense structure métallique en mouvement, nous nous blottissions l’un contre l’autre pour observer le monde, collectant les données essentielles pour l’entreprise qui nous employait. Nous chantions, faisions des farces, pleurions, criions, aimions, le tout dans une synchronicité troublante.

L'hérisson furtif en pleine aventure aquatique

Bien des années plus tard, je dus faire face à une séparation brutale. Fidèle à mon habitude, l’aéroport semblait prêt à m’engloutir ; je rattrapai l’avion de justesse. Une fois à la porte d’embarquement pour Paris, conscients qu’il n’y aurait plus de retour ordinaire vers le berceau et la tétine, je savais déjà que je ne la reverrais plus qu’à travers ce rectangle noir, sponsorisé par FaceTime, incapable de capturer plus qu’un hologramme, qu’une infime parcelle de nous-mêmes.

Sans ombre, sans odeur, sans sensation, elle se retrouvait enfermée dans cette petite boîte aux quatre coins, tandis que nous échangions des adieux malheureux, les yeux embués de larmes.

Heureusement, l’entreprise possédait un moyen de résoudre de tels problèmes fondamentaux. Le bureau de Paris, ayant fait des progrès remarquables, fut honoré par l’arrivée de ce personnage merveilleux. Elle s’y installa rapidement, apprenant à naviguer dans les courants souterrains de cette ville tumultueuse.

Son choix d’emplacement était révélateur : plutôt que d’installer ce second bureau dans un immeuble élevé avec vue panoramique, elle préféra un quartier calme et paisible, où elle devint vite un membre actif de la communauté. Lors de mes visites, nous flânions dans les rues alentour ; elle parlait aux agents de sécurité, aux serveuses, aux caissières exactement comme elle aurait parlé à des lauréats du prix Nobel. Et chez chacun d’eux apparaissait cette lueur riche et enfantine qu’elle seule savait faire naître.

Après une journée de travail exigeante, je lui rendais visite à son bureau. En frappant à la porte, je fus accueilli par une chaleur familière, semblable à celle que j’avais autrefois connue sous ces draps. Les lumières orangées caressaient les murs, les fleurs semblaient fredonner une mélodie assez douce pour endormir un général en temps de guerre dans les bras de sa mère.

Quelque chose de précieux se jouait là : dans les regards, dans la courbe d’un rire, dans ce bureau où il semblait que nous nous imprégnions les uns des autres. Et il y avait quelque chose d’infiniment beau à constater que, désormais mûrs, nous pouvions partager cet espace avec d’autres, tous sensibles à cette même musique discrète qui murmurait nos noms.

MA GRANDE SOEUR

Hérisson Furtif

Voisin Anonyme

Dès mon entrée en scène, quelques secondes à peine après ma sortie par césarienne, je me retrouvais déjà propulsé dans un rendez-vous décisif de ma carrière humaine. Sans même qu’on me demande mon avis, j’étais bercé par l’employée vedette d’une entreprise dont les bureaux s’étendaient aux Pays-Bas, en France, à Londres et au Ghana. Une nouvelle figure imposante, inspirant un respect et une attention sans égal parmi les rangs.

Cette enfant d’un an, qui venait tout juste d’apprendre à marcher quelques jours avant mon embauche, déversait un amour si vaste et débridé que j’y sombrais aussitôt dans un sommeil profond.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, mon cou a toujours adopté une légère inclinaison, mes yeux rivés sur cette grande créature élancée, puisant la vie directement à sa source. Danses rituelles, marathons dans le jardin, épopées avec nos tyrannosaures en plastique : ses joues potelées et ses manières effrontées ouvraient la voie à nos fresques collectives.

À travers les petits trous à l’arrière d’une immense structure métallique en mouvement, nous nous blottissions l’un contre l’autre pour observer le monde, collectant les données essentielles pour l’entreprise qui nous employait. Nous chantions, faisions des farces, pleurions, criions, aimions, le tout dans une synchronicité troublante.

L'hérisson furtif en pleine aventure aquatique

Bien des années plus tard, je dus faire face à une séparation brutale. Fidèle à mon habitude, l’aéroport semblait prêt à m’engloutir ; je rattrapai l’avion de justesse. Une fois à la porte d’embarquement pour Paris, conscients qu’il n’y aurait plus de retour ordinaire vers le berceau et la tétine, je savais déjà que je ne la reverrais plus qu’à travers ce rectangle noir, sponsorisé par FaceTime, incapable de capturer plus qu’un hologramme, qu’une infime parcelle de nous-mêmes.

Sans ombre, sans odeur, sans sensation, elle se retrouvait enfermée dans cette petite boîte aux quatre coins, tandis que nous échangions des adieux malheureux, les yeux embués de larmes.

Heureusement, l’entreprise possédait un moyen de résoudre de tels problèmes fondamentaux. Le bureau de Paris, ayant fait des progrès remarquables, fut honoré par l’arrivée de ce personnage merveilleux. Elle s’y installa rapidement, apprenant à naviguer dans les courants souterrains de cette ville tumultueuse.

Son choix d’emplacement était révélateur : plutôt que d’installer ce second bureau dans un immeuble élevé avec vue panoramique, elle préféra un quartier calme et paisible, où elle devint vite un membre actif de la communauté. Lors de mes visites, nous flânions dans les rues alentour ; elle parlait aux agents de sécurité, aux serveuses, aux caissières exactement comme elle aurait parlé à des lauréats du prix Nobel. Et chez chacun d’eux apparaissait cette lueur riche et enfantine qu’elle seule savait faire naître.

Après une journée de travail exigeante, je lui rendais visite à son bureau. En frappant à la porte, je fus accueilli par une chaleur familière, semblable à celle que j’avais autrefois connue sous ces draps. Les lumières orangées caressaient les murs, les fleurs semblaient fredonner une mélodie assez douce pour endormir un général en temps de guerre dans les bras de sa mère.

Quelque chose de précieux se jouait là : dans les regards, dans la courbe d’un rire, dans ce bureau où il semblait que nous nous imprégnions les uns des autres. Et il y avait quelque chose d’infiniment beau à constater que, désormais mûrs, nous pouvions partager cet espace avec d’autres, tous sensibles à cette même musique discrète qui murmurait nos noms.

Ecris l'éloge de ce qui te traverse la tête: contact@theneighborr.com

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