MUSIC
Le Jazz ou le Chaos
Raphael Touzelet
9/4/25
La première fois que j’ai écouté du jazz j’avais 13 ans et je n’ai rien compris. Kind of Blue est le premier album du genre que j’ai lancé. Rien n’était clair, les rares passages harmoniquement conformes à mes habitudes, étaient vites rattrapés par une dissonance imprévisible. Tout ça en faisait un chaos indéchiffrable. J’étais définitivement hermétique à cette musique qui bénéficie d’un prestige sans pareil. J’étais hermétique au jazz, tant pis. J’y ai repensé pendant des jours. Des fragments me revenaient : les premières notes de contrebasse de Flamenco Skectches ou les trois premiers accords de Blue in green. Jusqu’à ce qu’un jour je décide avec une sincère envie, de relancer l’album. Depuis 8 ans je réécoute cet album tous les mois. Le rejet viscéral que m’avait provoqué le jazz, a succédé à une obsession passionnée, ce qui m’apparaissait dissonant et confus, je le ressens aujourd’hui comme merveilleux et virtuose. J’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé, comprendre pourquoi tout sonnait si différemment. Ma recherche a ouvert la porte à des questions vertigineuses et un début de réponse.
Pour reprendre les mots de Bégaudeau, il est difficile de parler de musique et de notre ressenti face à elle, précisément parce que les mots se rapportent toujours à des images et que, la musique n’étant que du son, elle est plus abstraite et échappe ainsi au langage. La théorie musicale occidentale, se propose d’étudier cet art comme un objet, le décrire avec concepts et parfois le prescrire avec des règles. La musique est faite de notes, les notes sont des sons, les sons sont des vibrations de l’air. La quantité de vibration de l’air émis par une note est sa fréquence, exprimée en Hz, (264 Hz pour le Do par exemple). Chaque son émet une fréquence fondamentale et un paquet d’autres fréquences qui sont des multiples de la fondamentale (132, 396, 528Hz pour Do par exemple). Une note seule ne veut rien dire, au sens qu’elle ne transmet par d’émotion particulière. Elle prend sens dans un contexte : les notes placées avant et après elle lui confèrent une émotion. Une distance entre deux notes (jouées simultanément ou en même temps) est appelée intervalle. Pour une raison impénétrable, la combinaison de plusieurs notes sonnera plus ou moins agréable, selon que la fréquence des notes sont des multiples. Le Sol (396 Hz) et le Do (264 Hz) sonnent parfaitement consonnant (396 = 1,5 x 264), et donnent une sensation de satisfaction. A l’inverse Do (264 Hz) et Do# (277 Hz) sonnent très dissonant, et crée une sensation de tension, on remarquera que les deux notes se suivent sur un clavier. La musique pourrait froidement être résumée ainsi : l’art de produire et résoudre des tensions. Les émotions que nous procurent la musique prennent racine dans les intervalles entre chaque note, ces intervalles sont des distances mesurées en « tons ». La musique c’est la proportion.
Traditionnellement, les compositions s’articulent autour de suites d’accords, qui soutiennent les mélodies. Les accords sont des empilements d’au moins trois notes différentes. Les suites d’accords constituent des phrases. Sous leur forme la plus simple, les accords peuvent être mineur ou majeur, suivant l’intervalle qui sépare la première et deuxième note. Un accord mineur évoque le dramatique, un majeur la positivité. Le jazz est reconnaissable entre autres, par la richesse de ses accords, à 4, 5,6 sons, dont les émotions sont plus nuancées, surprenantes. La musique écoutée massivement aujourd’hui, que l’on qualifiera de musique pop par commodité, est construite dans sa grande majorité sur des accords à trois notes, des triades. Des accords plus simples, efficaces, dont l’interprétation et d’une certaine façon moins libre. Les morceaux pop sont ainsi plus intuitifs, sonnent plus naturellement agréable, et procure une satisfaction plus immédiate.
Quand un compositeur écrit une œuvre, il est contraint par une gamme. Une gamme est une collection de 7 notes qui donne sa couleur à une œuvre. Si dans une œuvre, on joue une note qui ne fait pas partie de sa gamme, la tension sera telle qu’on ne pourra qu’affirmer fermement : c’est une fausse note, c’est désagréable. La liberté du jazz, c’est de sortir régulièrement de la gamme fixée, c’est ce qu’on appelle des emprunts. Pendant un bref instant, l’auditeur perçoit une dissonance qui crée une tension, un stress. Cette tension vient s’évanouir quand le musicien la résout, en revenant à une gamme stable par un intervalle satisfaisant. La notion de fausse note s’éteint, tout n’est qu’une question de contexte. C’est cette excitation qui fait le frisson de cette musique. C’est cette transgression fait des œuvres de jazz des tableaux aussi colorées et libres. L’équivalent pictural serait un tableau de Kandinsky ou Miro. C’est une musique qui refuse la forme. La musique pop contemporaine est en majorité, strictement diatonique. C’est-à-dire qu’elle se refuse à sortir de la gamme, même un bref instant. On associe plus souvent à un morceau pop une couleur vive est affirmée. Un lieu commun est de dire que la pop est sucrée là où le jazz est doux amer. Cette différence est évidemment renforcée par la structure de ces deux genres. Le jazz est une musique d’improvisation, donc imprévisible. La musique pop consiste en des phrases mélodiques qu’on répète.
Pour autant ces différences caractéristiques ne font pas du jazz une musique nécessairement supérieure à toutes les autres. La raison étant que le jazz répond à un objectif bien spécifique, et la pop à un autre. La pop vise au plaisir immédiat, la récréation et bien souvent la danse. Bien qu’une musique de club à l’origine, le Jazz devient dans les années 50 une musique contemplative du fait qu’elle gagne en sophistication. L’écoute du jazz est donc une écoute qui demande de s’abandonner, comme devant un tableau.
MUSIC
Le Jazz ou le Chaos
Raphael Touzelet
9/4/25
La première fois que j’ai écouté du jazz j’avais 13 ans et je n’ai rien compris. Kind of Blue est le premier album du genre que j’ai lancé. Rien n’était clair, les rares passages harmoniquement conformes à mes habitudes, étaient vites rattrapés par une dissonance imprévisible. Tout ça en faisait un chaos indéchiffrable. J’étais définitivement hermétique à cette musique qui bénéficie d’un prestige sans pareil. J’étais hermétique au jazz, tant pis. J’y ai repensé pendant des jours. Des fragments me revenaient : les premières notes de contrebasse de Flamenco Skectches ou les trois premiers accords de Blue in green. Jusqu’à ce qu’un jour je décide avec une sincère envie, de relancer l’album. Depuis 8 ans je réécoute cet album tous les mois. Le rejet viscéral que m’avait provoqué le jazz, a succédé à une obsession passionnée, ce qui m’apparaissait dissonant et confus, je le ressens aujourd’hui comme merveilleux et virtuose. J’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé, comprendre pourquoi tout sonnait si différemment. Ma recherche a ouvert la porte à des questions vertigineuses et un début de réponse.
Pour reprendre les mots de Bégaudeau, il est difficile de parler de musique et de notre ressenti face à elle, précisément parce que les mots se rapportent toujours à des images et que, la musique n’étant que du son, elle est plus abstraite et échappe ainsi au langage. La théorie musicale occidentale, se propose d’étudier cet art comme un objet, le décrire avec concepts et parfois le prescrire avec des règles. La musique est faite de notes, les notes sont des sons, les sons sont des vibrations de l’air. La quantité de vibration de l’air émis par une note est sa fréquence, exprimée en Hz, (264 Hz pour le Do par exemple). Chaque son émet une fréquence fondamentale et un paquet d’autres fréquences qui sont des multiples de la fondamentale (132, 396, 528Hz pour Do par exemple). Une note seule ne veut rien dire, au sens qu’elle ne transmet par d’émotion particulière. Elle prend sens dans un contexte : les notes placées avant et après elle lui confèrent une émotion. Une distance entre deux notes (jouées simultanément ou en même temps) est appelée intervalle. Pour une raison impénétrable, la combinaison de plusieurs notes sonnera plus ou moins agréable, selon que la fréquence des notes sont des multiples. Le Sol (396 Hz) et le Do (264 Hz) sonnent parfaitement consonnant (396 = 1,5 x 264), et donnent une sensation de satisfaction. A l’inverse Do (264 Hz) et Do# (277 Hz) sonnent très dissonant, et crée une sensation de tension, on remarquera que les deux notes se suivent sur un clavier. La musique pourrait froidement être résumée ainsi : l’art de produire et résoudre des tensions. Les émotions que nous procurent la musique prennent racine dans les intervalles entre chaque note, ces intervalles sont des distances mesurées en « tons ». La musique c’est la proportion.
Traditionnellement, les compositions s’articulent autour de suites d’accords, qui soutiennent les mélodies. Les accords sont des empilements d’au moins trois notes différentes. Les suites d’accords constituent des phrases. Sous leur forme la plus simple, les accords peuvent être mineur ou majeur, suivant l’intervalle qui sépare la première et deuxième note. Un accord mineur évoque le dramatique, un majeur la positivité. Le jazz est reconnaissable entre autres, par la richesse de ses accords, à 4, 5,6 sons, dont les émotions sont plus nuancées, surprenantes. La musique écoutée massivement aujourd’hui, que l’on qualifiera de musique pop par commodité, est construite dans sa grande majorité sur des accords à trois notes, des triades. Des accords plus simples, efficaces, dont l’interprétation et d’une certaine façon moins libre. Les morceaux pop sont ainsi plus intuitifs, sonnent plus naturellement agréable, et procure une satisfaction plus immédiate.
Quand un compositeur écrit une œuvre, il est contraint par une gamme. Une gamme est une collection de 7 notes qui donne sa couleur à une œuvre. Si dans une œuvre, on joue une note qui ne fait pas partie de sa gamme, la tension sera telle qu’on ne pourra qu’affirmer fermement : c’est une fausse note, c’est désagréable. La liberté du jazz, c’est de sortir régulièrement de la gamme fixée, c’est ce qu’on appelle des emprunts. Pendant un bref instant, l’auditeur perçoit une dissonance qui crée une tension, un stress. Cette tension vient s’évanouir quand le musicien la résout, en revenant à une gamme stable par un intervalle satisfaisant. La notion de fausse note s’éteint, tout n’est qu’une question de contexte. C’est cette excitation qui fait le frisson de cette musique. C’est cette transgression fait des œuvres de jazz des tableaux aussi colorées et libres. L’équivalent pictural serait un tableau de Kandinsky ou Miro. C’est une musique qui refuse la forme. La musique pop contemporaine est en majorité, strictement diatonique. C’est-à-dire qu’elle se refuse à sortir de la gamme, même un bref instant. On associe plus souvent à un morceau pop une couleur vive est affirmée. Un lieu commun est de dire que la pop est sucrée là où le jazz est doux amer. Cette différence est évidemment renforcée par la structure de ces deux genres. Le jazz est une musique d’improvisation, donc imprévisible. La musique pop consiste en des phrases mélodiques qu’on répète.
Pour autant ces différences caractéristiques ne font pas du jazz une musique nécessairement supérieure à toutes les autres. La raison étant que le jazz répond à un objectif bien spécifique, et la pop à un autre. La pop vise au plaisir immédiat, la récréation et bien souvent la danse. Bien qu’une musique de club à l’origine, le Jazz devient dans les années 50 une musique contemplative du fait qu’elle gagne en sophistication. L’écoute du jazz est donc une écoute qui demande de s’abandonner, comme devant un tableau.
MUSIC
Le Jazz ou le Chaos
Raphael Touzelet
9/4/25
La première fois que j’ai écouté du jazz j’avais 13 ans et je n’ai rien compris. Kind of Blue est le premier album du genre que j’ai lancé. Rien n’était clair, les rares passages harmoniquement conformes à mes habitudes, étaient vites rattrapés par une dissonance imprévisible. Tout ça en faisait un chaos indéchiffrable. J’étais définitivement hermétique à cette musique qui bénéficie d’un prestige sans pareil. J’étais hermétique au jazz, tant pis. J’y ai repensé pendant des jours. Des fragments me revenaient : les premières notes de contrebasse de Flamenco Skectches ou les trois premiers accords de Blue in green. Jusqu’à ce qu’un jour je décide avec une sincère envie, de relancer l’album. Depuis 8 ans je réécoute cet album tous les mois. Le rejet viscéral que m’avait provoqué le jazz, a succédé à une obsession passionnée, ce qui m’apparaissait dissonant et confus, je le ressens aujourd’hui comme merveilleux et virtuose. J’ai cherché à comprendre ce qui s’était passé, comprendre pourquoi tout sonnait si différemment. Ma recherche a ouvert la porte à des questions vertigineuses et un début de réponse.
Pour reprendre les mots de Bégaudeau, il est difficile de parler de musique et de notre ressenti face à elle, précisément parce que les mots se rapportent toujours à des images et que, la musique n’étant que du son, elle est plus abstraite et échappe ainsi au langage. La théorie musicale occidentale, se propose d’étudier cet art comme un objet, le décrire avec concepts et parfois le prescrire avec des règles. La musique est faite de notes, les notes sont des sons, les sons sont des vibrations de l’air. La quantité de vibration de l’air émis par une note est sa fréquence, exprimée en Hz, (264 Hz pour le Do par exemple). Chaque son émet une fréquence fondamentale et un paquet d’autres fréquences qui sont des multiples de la fondamentale (132, 396, 528Hz pour Do par exemple). Une note seule ne veut rien dire, au sens qu’elle ne transmet par d’émotion particulière. Elle prend sens dans un contexte : les notes placées avant et après elle lui confèrent une émotion. Une distance entre deux notes (jouées simultanément ou en même temps) est appelée intervalle. Pour une raison impénétrable, la combinaison de plusieurs notes sonnera plus ou moins agréable, selon que la fréquence des notes sont des multiples. Le Sol (396 Hz) et le Do (264 Hz) sonnent parfaitement consonnant (396 = 1,5 x 264), et donnent une sensation de satisfaction. A l’inverse Do (264 Hz) et Do# (277 Hz) sonnent très dissonant, et crée une sensation de tension, on remarquera que les deux notes se suivent sur un clavier. La musique pourrait froidement être résumée ainsi : l’art de produire et résoudre des tensions. Les émotions que nous procurent la musique prennent racine dans les intervalles entre chaque note, ces intervalles sont des distances mesurées en « tons ». La musique c’est la proportion.
Traditionnellement, les compositions s’articulent autour de suites d’accords, qui soutiennent les mélodies. Les accords sont des empilements d’au moins trois notes différentes. Les suites d’accords constituent des phrases. Sous leur forme la plus simple, les accords peuvent être mineur ou majeur, suivant l’intervalle qui sépare la première et deuxième note. Un accord mineur évoque le dramatique, un majeur la positivité. Le jazz est reconnaissable entre autres, par la richesse de ses accords, à 4, 5,6 sons, dont les émotions sont plus nuancées, surprenantes. La musique écoutée massivement aujourd’hui, que l’on qualifiera de musique pop par commodité, est construite dans sa grande majorité sur des accords à trois notes, des triades. Des accords plus simples, efficaces, dont l’interprétation et d’une certaine façon moins libre. Les morceaux pop sont ainsi plus intuitifs, sonnent plus naturellement agréable, et procure une satisfaction plus immédiate.
Quand un compositeur écrit une œuvre, il est contraint par une gamme. Une gamme est une collection de 7 notes qui donne sa couleur à une œuvre. Si dans une œuvre, on joue une note qui ne fait pas partie de sa gamme, la tension sera telle qu’on ne pourra qu’affirmer fermement : c’est une fausse note, c’est désagréable. La liberté du jazz, c’est de sortir régulièrement de la gamme fixée, c’est ce qu’on appelle des emprunts. Pendant un bref instant, l’auditeur perçoit une dissonance qui crée une tension, un stress. Cette tension vient s’évanouir quand le musicien la résout, en revenant à une gamme stable par un intervalle satisfaisant. La notion de fausse note s’éteint, tout n’est qu’une question de contexte. C’est cette excitation qui fait le frisson de cette musique. C’est cette transgression fait des œuvres de jazz des tableaux aussi colorées et libres. L’équivalent pictural serait un tableau de Kandinsky ou Miro. C’est une musique qui refuse la forme. La musique pop contemporaine est en majorité, strictement diatonique. C’est-à-dire qu’elle se refuse à sortir de la gamme, même un bref instant. On associe plus souvent à un morceau pop une couleur vive est affirmée. Un lieu commun est de dire que la pop est sucrée là où le jazz est doux amer. Cette différence est évidemment renforcée par la structure de ces deux genres. Le jazz est une musique d’improvisation, donc imprévisible. La musique pop consiste en des phrases mélodiques qu’on répète.
Pour autant ces différences caractéristiques ne font pas du jazz une musique nécessairement supérieure à toutes les autres. La raison étant que le jazz répond à un objectif bien spécifique, et la pop à un autre. La pop vise au plaisir immédiat, la récréation et bien souvent la danse. Bien qu’une musique de club à l’origine, le Jazz devient dans les années 50 une musique contemplative du fait qu’elle gagne en sophistication. L’écoute du jazz est donc une écoute qui demande de s’abandonner, comme devant un tableau.