RECIT COURT
La Grande Nausée
Beatrice Eggleston
C'est l'hiver et je me sens agitée, consumée par une sensation qui ne peut se décrire que comme une nausée d'une violence écrasante. C'est une sensation physique, mais elle ne vient pas de la maladie, et ne serait soulagée ni par le rejet de mon petit-déjeuner, ni par aucun médicament. Je ne sais pas ce qui pourrait apaiser mon malaise. Une purge brutale, d'une façon ou d'une autre. Qu'est-ce que j'éprouve ?
NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/
J'écris au dos de mon carnet, couvrant la page entière. Je crie dans mon oreiller. Je sors et je cours, je cours jusqu'à ce que mes poumons ordonnent à mon corps de s'arrêter.
Le temps passe. À mesure que les matins s'éclaircissent et que les jours s'allongent, mes crises de nausée mystique se font moins fréquentes, moins réelles. Soudain c'est l'été, et je me retrouve entièrement dévouée aux désirs de mon esprit, avec un sentiment de totale liberté et sans rien retenir. Je lis sans culpabilité, j'écris, je dessine, je vis dans le monde réel avec une telle plénitude que ces spirales intérieures hivernales me semblent si insensées que je ne suis plus sûre qu'elles aient jamais existé. Je sens la créativité et la curiosité m'habiter à nouveau, et je recommence à me sentir moi-même.
Le temps passe. Le temps passe et, tel un courant, il m'emporte. Je ne me sens pas bouger mais je remarque que mon environnement change. Le ciel s'assombrit, le chant des oiseaux se tait, et je dors jusque tard dans l'après-midi. Je me sens lourde, vide, et mon journal repose intact sur ma table de nuit.
Les idées sont fugaces et même dans les moments d'inspiration je n'ai pas l'énergie d'accueillir ma créativité. Durant mes nuits de seize heures je rêve d'être enceinte, et je me réveille déçue de ne pas l'être. Je me replie sur moi-même et cherche l'isolement total. Mon activité mentale est faible, et les crises viscérales de nausée reviennent. Cette fois elles arrivent avec un message. Je veux un enfant. J'ai besoin d'un enfant. Au-dedans je me sens absolument stagnante, peut-être pourrie, je ne fais plus la différence entre les deux.
Un soir, après un long rituel de bougies, d'encens, de musique et d'une douche aussi chaude que possiblen une tentative de décongestion spirituelle, de purge de ma nausée, je vois mon journal sur la table de nuit et je commence à écrire.
« Peut-être que ce désir, cette aspiration intense, primale, corporelle à la naissance que j'éprouve depuis ces derniers mois n'est pas d'ordre physiologique, mais spirituel.
La caractéristique essentielle et distinctive de la femme n'est-elle pas de créer ?
D'ingérer une énergie qui, une fois intériorisée, est brassée et transformée en l'une des infinies possibilités du nouveau, de l'original... et alors elle doit pousser, doit se battre pour cette vie, lutter pour la rendre au monde.
Écrire encore, encore, encore. Démêler démêler démêler démêler / peigner mon cerveau comme je passe les doigts dans mes cheveux. Le médium des mots est un médium sûr. Mais il est insuffisant. Je ne rêve pas en mots. »
Je pense à David Lynch, qui a trouvé un moyen de projeter ses rêves au monde. Je m'immerge dans son sermon : les visions, la méditation transcendantale, des routines d'une rigueur psychotiquement mécanique n'exigeant aucun effort pour survivre, une capitulation totale de l'énergie aux pratiques créatives, et simplement, créer, sans retenue aucune.
Alors, dans la quête de mobiliser mon esprit, je m'éloigne des distractions : plus de réseaux sociaux, plus de stimulation sans fond. Je m'immerge dans la littérature, les films, les essais vidéo. Je travaille mon rythme de sommeil et je me réveille au son d'un réveil analogique, fais les mots croisés et quelques étirements matinaux depuis mon lit, et prends un petit-déjeuner riche en protéines. Je prends mes antidépresseurs quand le rappel sonne et je sors tous les jours — la plupart du temps j'atteins mon objectif de dix mille pas. J'essaie d'apprendre, j'essaie d'être curieuse. J'essaie d'être passionnée. Je ne fume plus jamais ni ne bois, et je prends des compléments alimentaires, bien qu'irrégulièrement.
Et pourtant, quelque chose en moi reste bloqué. Toute initiative que je prends pour m'inviter à créer se heurte à une aversion. La nausée. Je comprends maintenant qu'il n'existe aucune formule pour la création, la productivité, la motivation. Ce que j'ai, c'est un esprit décidu. Tout ce que je peux faire, c'est attendre le printemps.
RECIT COURT
La Grande Nausée
Beatrice Eggleston
C'est l'hiver et je me sens agitée, consumée par une sensation qui ne peut se décrire que comme une nausée d'une violence écrasante. C'est une sensation physique, mais elle ne vient pas de la maladie, et ne serait soulagée ni par le rejet de mon petit-déjeuner, ni par aucun médicament. Je ne sais pas ce qui pourrait apaiser mon malaise. Une purge brutale, d'une façon ou d'une autre. Qu'est-ce que j'éprouve ?
NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/
J'écris au dos de mon carnet, couvrant la page entière. Je crie dans mon oreiller. Je sors et je cours, je cours jusqu'à ce que mes poumons ordonnent à mon corps de s'arrêter.
Le temps passe. À mesure que les matins s'éclaircissent et que les jours s'allongent, mes crises de nausée mystique se font moins fréquentes, moins réelles. Soudain c'est l'été, et je me retrouve entièrement dévouée aux désirs de mon esprit, avec un sentiment de totale liberté et sans rien retenir. Je lis sans culpabilité, j'écris, je dessine, je vis dans le monde réel avec une telle plénitude que ces spirales intérieures hivernales me semblent si insensées que je ne suis plus sûre qu'elles aient jamais existé. Je sens la créativité et la curiosité m'habiter à nouveau, et je recommence à me sentir moi-même.
Le temps passe. Le temps passe et, tel un courant, il m'emporte. Je ne me sens pas bouger mais je remarque que mon environnement change. Le ciel s'assombrit, le chant des oiseaux se tait, et je dors jusque tard dans l'après-midi. Je me sens lourde, vide, et mon journal repose intact sur ma table de nuit.
Les idées sont fugaces et même dans les moments d'inspiration je n'ai pas l'énergie d'accueillir ma créativité. Durant mes nuits de seize heures je rêve d'être enceinte, et je me réveille déçue de ne pas l'être. Je me replie sur moi-même et cherche l'isolement total. Mon activité mentale est faible, et les crises viscérales de nausée reviennent. Cette fois elles arrivent avec un message. Je veux un enfant. J'ai besoin d'un enfant. Au-dedans je me sens absolument stagnante, peut-être pourrie, je ne fais plus la différence entre les deux.
Un soir, après un long rituel de bougies, d'encens, de musique et d'une douche aussi chaude que possiblen une tentative de décongestion spirituelle, de purge de ma nausée, je vois mon journal sur la table de nuit et je commence à écrire.
« Peut-être que ce désir, cette aspiration intense, primale, corporelle à la naissance que j'éprouve depuis ces derniers mois n'est pas d'ordre physiologique, mais spirituel.
La caractéristique essentielle et distinctive de la femme n'est-elle pas de créer ?
D'ingérer une énergie qui, une fois intériorisée, est brassée et transformée en l'une des infinies possibilités du nouveau, de l'original... et alors elle doit pousser, doit se battre pour cette vie, lutter pour la rendre au monde.
Écrire encore, encore, encore. Démêler démêler démêler démêler / peigner mon cerveau comme je passe les doigts dans mes cheveux. Le médium des mots est un médium sûr. Mais il est insuffisant. Je ne rêve pas en mots. »
Je pense à David Lynch, qui a trouvé un moyen de projeter ses rêves au monde. Je m'immerge dans son sermon : les visions, la méditation transcendantale, des routines d'une rigueur psychotiquement mécanique n'exigeant aucun effort pour survivre, une capitulation totale de l'énergie aux pratiques créatives, et simplement, créer, sans retenue aucune.
Alors, dans la quête de mobiliser mon esprit, je m'éloigne des distractions : plus de réseaux sociaux, plus de stimulation sans fond. Je m'immerge dans la littérature, les films, les essais vidéo. Je travaille mon rythme de sommeil et je me réveille au son d'un réveil analogique, fais les mots croisés et quelques étirements matinaux depuis mon lit, et prends un petit-déjeuner riche en protéines. Je prends mes antidépresseurs quand le rappel sonne et je sors tous les jours — la plupart du temps j'atteins mon objectif de dix mille pas. J'essaie d'apprendre, j'essaie d'être curieuse. J'essaie d'être passionnée. Je ne fume plus jamais ni ne bois, et je prends des compléments alimentaires, bien qu'irrégulièrement.
Et pourtant, quelque chose en moi reste bloqué. Toute initiative que je prends pour m'inviter à créer se heurte à une aversion. La nausée. Je comprends maintenant qu'il n'existe aucune formule pour la création, la productivité, la motivation. Ce que j'ai, c'est un esprit décidu. Tout ce que je peux faire, c'est attendre le printemps.
RECIT COURT
La Grande Nausée
Beatrice Eggleston
C'est l'hiver et je me sens agitée, consumée par une sensation qui ne peut se décrire que comme une nausée d'une violence écrasante. C'est une sensation physique, mais elle ne vient pas de la maladie, et ne serait soulagée ni par le rejet de mon petit-déjeuner, ni par aucun médicament. Je ne sais pas ce qui pourrait apaiser mon malaise. Une purge brutale, d'une façon ou d'une autre. Qu'est-ce que j'éprouve ?
NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/MALADIE/NAUSÉE/
J'écris au dos de mon carnet, couvrant la page entière. Je crie dans mon oreiller. Je sors et je cours, je cours jusqu'à ce que mes poumons ordonnent à mon corps de s'arrêter.
Le temps passe. À mesure que les matins s'éclaircissent et que les jours s'allongent, mes crises de nausée mystique se font moins fréquentes, moins réelles. Soudain c'est l'été, et je me retrouve entièrement dévouée aux désirs de mon esprit, avec un sentiment de totale liberté et sans rien retenir. Je lis sans culpabilité, j'écris, je dessine, je vis dans le monde réel avec une telle plénitude que ces spirales intérieures hivernales me semblent si insensées que je ne suis plus sûre qu'elles aient jamais existé. Je sens la créativité et la curiosité m'habiter à nouveau, et je recommence à me sentir moi-même.
Le temps passe. Le temps passe et, tel un courant, il m'emporte. Je ne me sens pas bouger mais je remarque que mon environnement change. Le ciel s'assombrit, le chant des oiseaux se tait, et je dors jusque tard dans l'après-midi. Je me sens lourde, vide, et mon journal repose intact sur ma table de nuit.
Les idées sont fugaces et même dans les moments d'inspiration je n'ai pas l'énergie d'accueillir ma créativité. Durant mes nuits de seize heures je rêve d'être enceinte, et je me réveille déçue de ne pas l'être. Je me replie sur moi-même et cherche l'isolement total. Mon activité mentale est faible, et les crises viscérales de nausée reviennent. Cette fois elles arrivent avec un message. Je veux un enfant. J'ai besoin d'un enfant. Au-dedans je me sens absolument stagnante, peut-être pourrie, je ne fais plus la différence entre les deux.
Un soir, après un long rituel de bougies, d'encens, de musique et d'une douche aussi chaude que possiblen une tentative de décongestion spirituelle, de purge de ma nausée, je vois mon journal sur la table de nuit et je commence à écrire.
« Peut-être que ce désir, cette aspiration intense, primale, corporelle à la naissance que j'éprouve depuis ces derniers mois n'est pas d'ordre physiologique, mais spirituel.
La caractéristique essentielle et distinctive de la femme n'est-elle pas de créer ?
D'ingérer une énergie qui, une fois intériorisée, est brassée et transformée en l'une des infinies possibilités du nouveau, de l'original... et alors elle doit pousser, doit se battre pour cette vie, lutter pour la rendre au monde.
Écrire encore, encore, encore. Démêler démêler démêler démêler / peigner mon cerveau comme je passe les doigts dans mes cheveux. Le médium des mots est un médium sûr. Mais il est insuffisant. Je ne rêve pas en mots. »
Je pense à David Lynch, qui a trouvé un moyen de projeter ses rêves au monde. Je m'immerge dans son sermon : les visions, la méditation transcendantale, des routines d'une rigueur psychotiquement mécanique n'exigeant aucun effort pour survivre, une capitulation totale de l'énergie aux pratiques créatives, et simplement, créer, sans retenue aucune.
Alors, dans la quête de mobiliser mon esprit, je m'éloigne des distractions : plus de réseaux sociaux, plus de stimulation sans fond. Je m'immerge dans la littérature, les films, les essais vidéo. Je travaille mon rythme de sommeil et je me réveille au son d'un réveil analogique, fais les mots croisés et quelques étirements matinaux depuis mon lit, et prends un petit-déjeuner riche en protéines. Je prends mes antidépresseurs quand le rappel sonne et je sors tous les jours — la plupart du temps j'atteins mon objectif de dix mille pas. J'essaie d'apprendre, j'essaie d'être curieuse. J'essaie d'être passionnée. Je ne fume plus jamais ni ne bois, et je prends des compléments alimentaires, bien qu'irrégulièrement.
Et pourtant, quelque chose en moi reste bloqué. Toute initiative que je prends pour m'inviter à créer se heurte à une aversion. La nausée. Je comprends maintenant qu'il n'existe aucune formule pour la création, la productivité, la motivation. Ce que j'ai, c'est un esprit décidu. Tout ce que je peux faire, c'est attendre le printemps.
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